{"id":304,"date":"2017-02-25T20:33:56","date_gmt":"2017-02-25T20:33:56","guid":{"rendered":"http:\/\/www.numerocivico.org\/?page_id=304\/"},"modified":"2025-12-02T14:57:42","modified_gmt":"2025-12-02T14:57:42","slug":"memorie-di-ernesto","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.numerocivico.org\/fr\/memorie-di-ernesto\/","title":{"rendered":"M\u00e9moires d&rsquo;Ernesto"},"content":{"rendered":"<h1>Pr\u00e9sentation du livre \u00ab\u00a0M\u00e9moires d&rsquo;Ernesto\u00a0\u00bb<\/h1>\n<p>Brentonico, 18 febbraio 2017<\/p>\n<h4>Ann\u00e9es 20 du si\u00e8cle dernier. Cazzano di Brentonico (TN). Une voix off commence \u00e0 raconter une histoire, le ton est l\u00e9ger, l&rsquo;\u00e9criture simple. L&rsquo;histoire concerne la famille Gottardi-Roso. La voix du narrateur est celle d\u2019Angelina, fille de Luigi Giacomo Gottardi et Marianna Roso.<\/h4>\n<h4>C&rsquo;est une voix, celle d&rsquo;Angelina, que l&rsquo;on retrouvera comme un basso continuo dans toutes les pages des m\u00e9moires d&rsquo;Ernesto.<\/h4>\n<blockquote>\n<p style=\"padding-left: 40px;\">Petite fille, je m&rsquo;extasiais devant la commode dans la chambre des parents.<br \/>\nIl y avait deux grandes photos des fr\u00e8res de mama: oncle Giacomo, emigr\u00e9 en Am\u00e9rique, mari\u00e9 avec quatre enfants, et oncle Ernesto, plus jeune, emigr\u00e9 en France.<br \/>\nMa s\u0153ur Antonia \u00e9tait la plus \u00e2g\u00e9e et elle tenait la correspondance avec eux deux. Plus tard, je leur ai aussi demand\u00e9 leurs adresses ; j&rsquo;ai \u00e9crit en Am\u00e9rique et en France. Ernesto m&rsquo;a r\u00e9pondu tout de suite.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><strong>(p. 3)<\/strong><\/p>\n<\/blockquote>\n<h3>Incipit<\/h3>\n<p>L\u2019incipit du livre r\u00e9v\u00e8le imm\u00e9diatement les fils, les sentiments et l\u2019atmosph\u00e8re qui guideront la narration \u00e9tape par \u00e9tape: une histoire de sentiments familiaux et une histoire d\u2019\u00e9migration, comme celle de nombreux Italiens. On pourrait m\u00eame dire une histoire d\u2019\u00e9migrations, tant celles-ci furent nombreuses au XXe si\u00e8cle, impliquant des milliers de familles, y compris celle des Roso.<\/p>\n<p>Mais comment conna\u00eetre maman Marianna, quels sentiments lient la famille Gottardi aux fr\u00e8res de maman, si proches et pourtant si loin ? Flashback. Pour conna\u00eetre les protagonistes, revenons en arri\u00e8re dans le d\u00e9roulement des \u00e9v\u00e9nements, remontons jusqu\u2019en 1897, l\u2019ann\u00e9e o\u00f9 Ernesto Domenico na\u00eet \u00e0 Giol, \u00e0 Valli dei Signori, une commune du Pasubio, dans la province de Vicence. Une \u00e9poque diff\u00e9rente, une autre technique rythment les heures de la journ\u00e9e, une autre fa\u00e7on de vivre. La voix et l\u2019\u00e9criture d\u2019Angelina ne se s\u00e9parent jamais: il n\u2019y a ni fatigue ni compromis \u00e0 surmonter pour raconter cette histoire, si ce n\u2019est par les sentiments.<\/p>\n<p>La sc\u00e8ne nous montre un paysage escarp\u00e9, aux pentes du Pasubio. Nous commen\u00e7ons \u00e0 conna\u00eetre Ernesto et sa famille: les lieux, les personnes, le quotidien. Nous d\u00e9couvrirons l\u2019enfance, la jeunesse, la maturit\u00e9 dans les ann\u00e9es difficiles de la Grande Guerre.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"padding-left: 40px;\">C&rsquo;est la f\u00eate \u00e0 Sant\u2019Antonio. Depuis Schio, arrivent de petits commer\u00e7ants pour offrir des douceurs et d\u2019autres choses: si on les aide un peu \u00e0 pousser leurs chariots, ils donnent cinq centimes ou un tiramolla.<br \/>\nLes gar\u00e7ons se d\u00e9carcassent \u00e0 ramasser du bois pour le porter au boulanger afin de gagner un peu d\u2019argent.<br \/>\nLes cyclistes qui venaient de Schio nous demandaient de pousser leurs v\u00e9los jusqu\u2019\u00e0 l\u2019H\u00f4tel Dolomiti: l\u00e0-bas se trouvait la fronti\u00e8re, on ne pouvait pas passer. Pour descendre, puisqu\u2019il n\u2019y avait pas de freins, ils attachaient de gros morceaux de cuivre derri\u00e8re. Alors, cela faisait beaucoup de fum\u00e9e. Pour monter \u00e0 l\u2019H\u00f4tel Dolomiti, ils donnaient un franc, et comme ils \u00e9taient contents ! J\u2019\u00e9tais petit, mais mon fr\u00e8re Giacomo et ma s\u0153ur Catterina y allaient.<br \/>\nPasse aussi le roi Victor Emmanuel III, et tous avec leurs petits chapeaux, tra tra, tra tra, courent pour voir et saluer.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><strong>(p. 8)<\/strong><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La Grande Guerre le verra d&rsquo;abord sur le Pasubio \u00e0 construire des sentiers muletiers et des t\u00e9l\u00e9ph\u00e9riques, puis sur l\u2019Ortles, \u00e0 3600 m\u00e8tres d&rsquo;altitude, \u00e0 d\u00e9fendre une fronti\u00e8re impossible.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>Le lendemain, nouvel ordre: faire la corv\u00e9e pour pourvoir aux besoins des soldats qui se trouvent \u00e0 trois mille six cents m\u00e8tres. On montait charg\u00e9s de choses, accroch\u00e9s \u00e0 des cordes.<br \/>\nApr\u00e8s deux jours, ce n\u2019\u00e9tait ni la peur, ni la fatigue ou les vertiges: je sentais que mes poignets ne tenaient plus.<br \/>\nLes mains \u00e9taient insensibles et je ne percevais pas si je serrais ou non la corde. Je sentais que je pouvais tomber dans le vide \u00e0 tout moment. Le capitaine me demande ce que je veux faire et je lui dis:<br \/>\n\u2014 Je pr\u00e9f\u00e8re rester l\u00e0-haut.<br \/>\nLe lendemain matin, avec mon sac \u00e0 dos, je remonte une derni\u00e8re fois la voie de la corv\u00e9e et je me place en premi\u00e8re ligne, dans les galeries de glace du petit emplacement de la B\u00e4ckmann-Grat apr\u00e8s avoir d\u00e9pass\u00e9 la Thurwieserspitze.<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><strong>(p. 20-21)<\/strong><\/p>\n<p>Depuis lors, lors de la contre-offensive, Ernesto sera derri\u00e8re les Arditi qui franchissent Ponte nelle Alpi et atteignent Auronzo, puis San Candido et enfin Vipiteno.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>La guerre \u00e9tait finie.<br \/>\nMoi, qui suis toujours patriotique, j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 profond\u00e9ment touch\u00e9 en voyant autant de prisonniers d\u00e9charn\u00e9s et mal en point, amaigris et humili\u00e9s: cela m&rsquo;a fait beaucoup de piti\u00e9.<br \/>\nJ&rsquo;aurais voulu m&rsquo;occuper personnellement d&rsquo;eux comme de fr\u00e8res. Leurs conditions \u00e9taient pires, bien pires que les n\u00f4tres. Au lieu de leur lancer des injures, j&rsquo;aurais voulu leur demander pardon.<br \/>\nDevant nous, marchaient les compagnies des Arditi: ainsi, nous n&rsquo;avons pas rencontr\u00e9 de r\u00e9sistance. On marchait toujours de nuit, avec une nourriture r\u00e9duite car la subsistance ne pouvait pas nous suivre. Et toujours en silence, au milieu des montagnes, de sorte que le chemin doublait la fatigue. Au loin, r\u00e9sonnaient quelques coups de canon. Nous avons pass\u00e9 Ponte nelle Alpi.<br \/>\nParmi les \u00e9v\u00e9nements de cette \u00e9poque, il y en a un qui reste plus que les autres dans ma m\u00e9moire, en raison de l&rsquo;impression forte qu&rsquo;il m&rsquo;a laiss\u00e9e: un h\u00f4pital de campagne enti\u00e8rement d\u00e9truit par un incendie. Dans la fum\u00e9e, des dizaines et des dizaines de brancards align\u00e9s sur lesquels reposaient des corps carbonis\u00e9s. Il ne restait que le m\u00e9tal des brancards, et les corps, allong\u00e9s, \u00e9taient noirs, indiscernables dans des poses plus qu&rsquo;improbables. En passant en silence, je ne peux dire si ces corps appartenaient \u00e0 des soldats italiens ou autrichiens. Je ne l&rsquo;ai jamais su.<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pendant ce temps, les fr\u00e8res a\u00een\u00e9s, Jacques et Joseph, \u00e9galement soldats au front, ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 faits prisonniers par les Autrichiens: ils reviendront de la guerre sains et saufs.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><em>Quelques jours plus tard, ayant envie de lire le journal et trouvant un peu d&rsquo;argent dans ma poche, je sortis pour me rendre en ville. \u00c0 l&rsquo;intersection, un kiosque vendait divers journaux ; le premier qui me tomba sous la main fut \u00ab L\u2019Avanti ! \u00bb et, \u00e9tant toujours un peu curieux, je le pris. En r\u00e9alit\u00e9, je le pris comme je pourrais avoir pris \u00ab L\u2019Arena \u00bb ou \u00ab Il Gazzettino \u00bb.<br \/>\nJe me mis \u00e0 marcher lentement en lisant mon journal. Soudain, j\u2019eus la sensation que quelqu\u2019un se tenait devant moi. Je levai les yeux et vis un g\u00e9n\u00e9ral. Je me mis en position de \u00ab\u00a0l\u2019Attenti\u00a0\u00bb. Lui, sans salutation, me dit:<br \/>\n\u2013 Montre-moi ton journal !<br \/>\nJe le lui remis. Il me dit de le suivre. Nous entr\u00e2mes dans le Tribunal de la 1\u00e8re Arm\u00e9e, et l\u00e0 il me demanda mon nom, mon pr\u00e9nom et ma fonction. Puis il me fit signe de partir. Moi, sentant monter la col\u00e8re en voyant mon journal pos\u00e9 sur son bureau, je demandai:<br \/>\n\u2013 Et mon journal ?<br \/>\nIl s\u2019\u00e9nerva et dit:<br \/>\n\u2013 Demain, tu auras ton journal.<br \/>\nLe lendemain matin, le sergent de service:<br \/>\n\u2013 Roso ! Roso !<br \/>\nEn riant, il me remit le journal avec une lettre \u00e0 remettre au Commandement de la Compagnie des \u00ab Paloni \u00bb.<br \/>\nConclusion: dix jours de rigueur, table, pain et eau.<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><strong>(p. 28-29)<\/strong><\/p>\n<p>La p\u00e9riode d&rsquo;apr\u00e8s-guerre s&rsquo;av\u00e8re \u00e9galement difficile, pour beaucoup recommencer signifiera partir. M\u00eame pour les fr\u00e8res Roso. Le premier \u00e0 partir sera Giacomo, en direction des \u00c9tats-Unis. La sc\u00e8ne se d\u00e9place en Pennsylvanie. Une famille italienne, une histoire de mineurs, en 1943 un effondrement dans une mine et le deuil qui frappe la famille.<\/p>\n<p>Flashback: Ernesto et Giuseppe ne resteront pas longtemps \u00e0 la maison, ils ont un travail pour eux, en \u00c9rythr\u00e9e: \u00ab Partis le 28 juillet. Commenc\u00e9 le 2 ao\u00fbt \u00bb C\u2019est en 1920: \u00ab On construisait une voie ferr\u00e9e qui allait de Cheren \u00e0 Agordat \u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"padding-left: 40px;\">On construisait une voie ferr\u00e9e qui allait de Cheren \u00e0 Agordat. Donc, ma t\u00e2che consistait \u00e0 marquer les journ\u00e9es des ouvriers, \u00e0 charger et \u00e0 faire exploser les mines. La principale partie du travail \u00e9tait effectu\u00e9e la nuit.<br \/>\nParfois, j&rsquo;avais une centaine de coups de mine \u00e0 faire sauter, et le danger \u00e9tait grand. Tout \u00e9tait fait \u00e0 la main et avec les dents. En y repensant maintenant, je vois que le Bon Dieu m&rsquo;a aid\u00e9, et c&rsquo;est un miracle si je suis encore en vie.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le travail durera environ deux ans. \u00c0 leur retour, Ernesto demandera et obtiendra la permission de partir pour la France: avec un ami, il ira travailler dans les mines d\u2019or de Budeli\u00e8re: \u00ab Entr\u00e9 en France le 29 juillet 1923 \u00bb, \u00e9crira-t-il dans un petit agenda.<\/p>\n<p>Il lui arrive, en passant \u00e0 v\u00e9lo pour se rendre au travail, de voir une grande maison abandonn\u00e9e, entour\u00e9e d&rsquo;un tr\u00e8s grand jardin de quatre-vingts ares. Il la regarde et cela lui pla\u00eet: bien ensoleill\u00e9e, confortable, situ\u00e9e au centre du petit village d&rsquo;\u00c9poth\u00e9mont, sur les quatre routes. Elle est en vente. Il participe \u00e0 la vente aux ench\u00e8res et la remporte:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: left; padding-left: 40px;\">29-12-1927, achat de la maison pay\u00e9 16 000, frais de notaire 5 360.<br \/>\nLes voisins, un peu jaloux:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\">&#8211; Vous avez pay\u00e9 trop cher, Monsieur Roso !<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\">L\u2019ann\u00e9e suivante:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\">&#8211; Vous avez bien fait, M. Roso !<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\">La troisi\u00e8me ann\u00e9e:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\">&#8211; M. Roso, vous avez fait une bonne affaire !<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><strong>(p. 39)<\/strong><\/p>\n<p>Mais les histoires d\u2019\u00e9migration dans la famille Roso ne s\u2019arr\u00eatent pas. Nous sommes dans l\u2019apr\u00e8s-guerre: Bruno, fils de Giuseppe, s\u2019est r\u00e9cemment mari\u00e9, et avec son \u00e9pouse Flora Penzo et leur petite Sedina, il tentera de trouver du travail dans un autre continent. Cette fois, la destination sera beaucoup plus \u00e9loign\u00e9e: l\u2019Australie. Pour le fils qui na\u00eetra en Australie, Joseph, on lui donnera en signe d\u2019affection le nom du grand-p\u00e8re. Enfin, l\u2019histoire des enfants des enfants, un itin\u00e9raire qui arrive jusqu\u2019\u00e0 nos jours: les arri\u00e8re-petits-enfants d\u2019une s\u0153ur d\u2019Ernesto, Maddalena, \u00e9migrent eux aussi en Australie. C\u2019est l\u2019histoire de Bruno et Giancarlo Facci, l\u2019histoire de leurs enfants.<\/p>\n<p>flashforward. Nous sommes maintenant \u00e0 la moiti\u00e9 des ann\u00e9es 1950. Angelina Gottardi, volontaire puis infirmi\u00e8re \u00e0 la maison de retraite de Trento, souhaite conna\u00eetre et rencontrer Ernesto, oncle dont elle a seulement entendu parler, dont elle poss\u00e8de seulement quelques lettres: il s\u2019agit du fr\u00e8re de sa m\u00e8re Marianna, celui qui a \u00e9migr\u00e9 en France. Depuis plus de trente ans, il vit dans un petit village \u00e0 deux cents kilom\u00e8tres de Paris, \u00c9poth\u00e9mont.<\/p>\n<p>La narration devient maintenant plus serr\u00e9e sur la vie d\u2019Ernesto, mieux sur la rencontre entre Ernesto et Angelina. De nombreuses sc\u00e8nes se succ\u00e8dent. Pas \u00e0 pas, chacune redessine un \u00e9v\u00e9nement particulier de la vie d\u2019Ernesto. Le temps de la narration est rythm\u00e9 par la pr\u00e9sence constante d\u2019Angelina, \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 comme en hiver, dans une peregrination physique continue \u00e0 partir de 1963, d\u2019aller-retour entre la France et l\u2019Italie. Un aller-retour qui l\u2019occupera pendant douze ans. Mais suivons l\u2019\u00e9criture d\u2019Angelina:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"padding-left: 40px;\">Vingt et un jours et je me pr\u00e9pare \u00e0 partir pour la France. Dans une grande valise, je mets quelques v\u00eatements, des cartes et des panoramas du Trentin, une moka pour le caf\u00e9, un kilogramme de farine de ma\u00efs ; nous mangerons ensemble de la polenta italienne. J&rsquo;ach\u00e8te un petit dictionnaire italien-fran\u00e7ais et c&rsquo;est parti. Mon oncle m&rsquo;avait d\u00e9crit tout l&rsquo;itin\u00e9raire.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\">&#8211; Tu me trouveras \u00e0 la gare de Troyes. Je tiendrai la main droite sur la poitrine, il manque le doigt moyen perdu au travail ; ainsi tu me reconna\u00eetras.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\">&#8211; Non, mon oncle, attends-moi \u00e0 la maison, c&rsquo;est plus simple.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\">Ainsi, Milan-Chiasso, la galerie du Saint-Gothard, etc. La Suisse est belle, tout est vert: prairies, vergers, pin\u00e8des, collines, et puis des montagnes rocheuses tr\u00e8s hautes, des lacs et des ruisseaux. Le lac de Lugano est magnifique, au cr\u00e9puscule il a des lumi\u00e8res de No\u00ebl.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\">Il est t\u00f4t le matin ; dans un caf\u00e9 de Troyes, je prends un caf\u00e9 et j\u2019attends le bus pour \u00c9poth\u00e9mont, le village de mon oncle, \u00e0 200 km de Paris. \u00c0 10h30, nous partons. Devant moi, la grande plaine fran\u00e7aise, beaucoup de petits villages dispers\u00e9s, quelques fermes. Vers 11h30. Sur la place du village, je demande monsieur Roso ; mais voil\u00e0, pr\u00e8s d\u2019un portail appara\u00eet mon oncle. Merci, Seigneur !<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><strong>(p. 43)<\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9t\u00e9, en France.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"padding-left: 40px;\">C&rsquo;est dimanche et j&rsquo;ai assist\u00e9 \u00e0 la messe \u00e0 Montier-en-Der. J&rsquo;ai pris la voiture. C&rsquo;est une belle excursion: onze kilom\u00e8tres \u00e0 travers champs, prairies et bois. De vastes \u00e9tendues de verdure avec des groupes de vaches blanches et noires. Beaucoup de petites maisons simples, mais toutes fleuries. Ici, les femmes ont une passion extraordinaire pour les fleurs et elles sont soutenues par l&rsquo;environnement. Les maisons sont presque toutes de plain-pied et entour\u00e9es de jardins potagers.<br \/>\nAu retour, le conducteur m&rsquo;a fait descendre devant chez moi.<br \/>\nJe peux vraiment dire qu&rsquo;avec moi, les Fran\u00e7ais ont \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s gentils.<br \/>\nPendant que je lave la vaisselle, je vois les vaches de Jean par la fen\u00eatre et je pense qu&rsquo;il serait beau si elles appartenaient \u00e0 mon Severino et si tout le monde \u00e9tait ici.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><strong>(p. 47-48)<\/strong><\/p>\n<p>Dans cette histoire de voyages, Ernesto sera souvent invit\u00e9 \u00e0 revenir en Italie. Ainsi, \u00e0 l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1965:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"padding-left: 40px;\">\u00ab Zio Bepi, il y a une surprise pour vous, un parent. \u2013 Qui ? Severino, ton fr\u00e8re ? \u2013 Non, il vient de France, votre fr\u00e8re Ernesto. \u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><strong>(p. 46)<\/strong><\/p>\n<p>Ernesto reviendra plusieurs fois dans son pays natal: un seul voyage ne suffit pas, il y a tant de petits-enfants \u00e0 rencontrer et \u00e0 conna\u00eetre.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"padding-left: 40px;\">\u00ab Je suis content de tout et de tous, je ne regrette qu\u2019une chose: de ne pas avoir pu rendre visite \u00e0 tes s\u0153urs et \u00e0 ton fr\u00e8re, mais si le Seigneur m\u2019aide, je pourrai venir une autre fois, je commencerai par Brentonico \u00e0 condition que tu sois avec moi. \u00bb Dans une autre lettre, il \u00e9crira: \u00ab Dans ma t\u00eate, j\u2019ai \u00e9labor\u00e9 un plan: l\u2019ann\u00e9e prochaine, si le Seigneur nous aide, nous irons voir l\u2019Altissimo. \u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><strong>(p. 260)<\/strong><\/p>\n<p>Le cher \u00e0 nous tous, Monte Altissimo.<\/p>\n<p>Il est temps de revenir:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"padding-left: 40px;\">\u00ab L&rsquo;oncle a soixante-dix-huit ans, moi cinquante-huit. Il est aussi fatigu\u00e9 des valises et des voyages. Avec peine et douleur, on se pr\u00e9pare \u00e0 se d\u00e9tacher de tant de choses ch\u00e8res: la maison, l\u2019environnement, les personnes ; surtout l\u2019oncle, apr\u00e8s plus de cinquante ans. Mais il est serein, en fait c\u2019est lui qui encourage: \u2014 Je suis vieux, je ne peux plus rester seul. C\u2019est ainsi. 15 juin 1975. La maison est vendue. \u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><strong>(p. 53)<\/strong><\/p>\n<p>Le 2 novembre 1975, Ernesto et Angelina quitteront d\u00e9finitivement la France. Dans une lettre \u00e0 l\u2019ami Jean dat\u00e9e du 20 novembre 1975, Ernesto \u00e9crit:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"padding-left: 40px;\">Cher Jean, excuse-moi de ne pas t&rsquo;avoir \u00e9crit plus t\u00f4t. Le voyage de retour en Italie s&rsquo;est assez bien pass\u00e9. Notre sant\u00e9 est bonne et nous esp\u00e9rons qu&rsquo;il en est de m\u00eame pour vous tous. Pour l&rsquo;instant, ici, il est impossible de se d\u00e9placer, cette premi\u00e8re journ\u00e9e est un peu exceptionnelle.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><strong>(p. 307-308)<\/strong><\/p>\n<p>Cela ne passera pas longtemps: dans la maison de la via dei Muredei, Angelina commencera \u00e0 rassembler les M\u00e9moires d&rsquo;Ernesto. Derni\u00e8re fondu.<\/p>\n<h3><strong>Un chapitre fondamental: les dialogues \u00e9pistolaires<\/strong><\/h3>\n<p>Les dialogues \u00e9pistolaires avec la famille, en particulier avec les parents outre-oc\u00e9an, repr\u00e9sentent l&rsquo;autre \u00e2me du m\u00e9moire: une dimension peut-\u00eatre plus spirituelle, plus touchante, plus \u00e9motive. Si l&rsquo;exp\u00e9rience des voyages parviendra \u00e0 un certain point \u00e0 une conclusion naturelle, avec l&rsquo;oncle d\u00e9sormais fatigu\u00e9 et ayant besoin de soins, et si tous deux d\u00e9cideront de revenir d\u00e9finitivement en Italie, \u00e0 Trente, dans le petit appartement d&rsquo;Angelina dans la via dei Muredei, l&rsquo;exp\u00e9rience des \u00e9changes \u00e9pistolaires continuera d&rsquo;\u00eatre f\u00e9conde et fructueuse dans la correspondance, riche presque quotidienne, qu&rsquo;Angelina et Ernesto entretiendront avec leurs proches. Une documentation largement parvenue jusqu&rsquo;\u00e0 nous.<\/p>\n<h3><strong>Voici une trace pour une histoire familiale<\/strong><\/h3>\n<p>Voici la trame originelle qui se d\u00e9ploie dans les souvenirs d&rsquo;Ernesto racont\u00e9s par Angelina: un fil qui nous conduit d\u2019abord dehors dans le monde, l\u00e0 o\u00f9 se trouve le monde, puis de nouveau \u00e0 la maison, l\u00e0 o\u00f9 nous prenons soin des sentiments.<br \/>\nPour Angelina, il n\u2019y a pas de doute: pour elle, n\u00e9e \u00e0 G\u00eanes lorsque la famille a \u00e9t\u00e9 \u00e9vacu\u00e9e \u00e0 cause de la d\u00e9flagration de la Premi\u00e8re Guerre mondiale, vivre est une attitude extr\u00eamement complexe. La sienne est en quelque sorte un \u00e9tat de gr\u00e2ce qui l\u2019accompagne dans la vaste congeries d\u2019exp\u00e9riences, v\u00e9cues non seulement et pas tant par elle, mais par elle avec tous ses proches, m\u00eame ceux qui l\u2019ont quitt\u00e9e au fil des ann\u00e9es.<br \/>\nComment ne pas penser \u00e0 eux comme toujours vivants dans sa quotidiennet\u00e9 ?<\/p>\n<p>Les vies des amis, des voisins, des personnes qu\u2019elle rencontre dans la rue lors de ses visites \u00e0 Brienne-le-Ch\u00e2teau ou Montier-en-Der ; et qu\u2019elle \u201carr\u00eate\u201d, cong\u00e8le, dans les photos prises avec un Kodak achet\u00e9 \u00e0 une kiosque d\u2019une gare. Une histoire qui nous est bien connue lorsqu\u2019elle est bien interpr\u00e9t\u00e9e par les protagonistes de la Nouvelle Vague, cette \u201ctranche de vie\u201d riche de petites s\u00e9quences infinies de vie, caract\u00e9ris\u00e9es certes par des \u00e9v\u00e9nements particuliers, anecdotiques, mais jamais destin\u00e9s \u00e0 s\u2019\u00e9vanouir.<br \/>\nMais, d\u00e8s qu\u2019Angelina approfondit cette multitude de souvenirs qui illuminent sa vie et celle de ceux qui l\u2019entourent, le plan change encore une fois: voil\u00e0 alors que se croisent les paroles de la maman tr\u00e8s aim\u00e9e, \u00e9voqu\u00e9es jour apr\u00e8s jour, puis celles du papa, des grands-parents, des oncles, des cousins et des amies avec qui elle exp\u00e9rimente son existence consacr\u00e9e aux autres, aux malades, aux humbles, aux indiff\u00e9rents.<\/p>\n<p>Angelina nous emm\u00e8ne avec elle, elle veut que nous rencontrions ces \u00e2mes et, en nous tenant par la main, nous accompagne dans un temps sans temps, \u00e9crit avec une encre ind\u00e9l\u00e9bile qui, des premi\u00e8res ann\u00e9es du XIXe si\u00e8cle, \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 ont v\u00e9cu ses arri\u00e8re-grands-parents Giuseppe et Maria Maddalena, arrive jusqu\u2019\u00e0 nous, du moins jusqu\u2019au 30 d\u00e9cembre 1988, date de la derni\u00e8re lettre re\u00e7ue d\u2019Angelina et publi\u00e9e dans le volume de m\u00e9moires.<\/p>\n<h3><strong>Contacts<\/strong><\/h3>\n<p>Stefano Giovanazzi t. 0039 0464 439936 m. 0039 329 4828149<br \/>\nAlberto Giovanazzi m. 0039 346 3570000<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pr\u00e9sentation du livre \u00ab\u00a0M\u00e9moires d&rsquo;Ernesto\u00a0\u00bb Brentonico, 18 febbraio 2017 Ann\u00e9es 20 du si\u00e8cle dernier. Cazzano di Brentonico (TN). Une voix off commence \u00e0 raconter une histoire, le ton est l\u00e9ger, l&rsquo;\u00e9criture simple. L&rsquo;histoire concerne la famille Gottardi-Roso. La voix du narrateur est celle d\u2019Angelina, fille de Luigi Giacomo Gottardi et Marianna Roso. C&rsquo;est une voix, &hellip; <\/p>\n<p class=\"link-more\"><a href=\"https:\/\/www.numerocivico.org\/fr\/memorie-di-ernesto\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;M\u00e9moires d&rsquo;Ernesto&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":381,"parent":0,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-304","page","type-page","status-publish","has-post-thumbnail","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.numerocivico.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/304","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.numerocivico.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.numerocivico.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.numerocivico.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.numerocivico.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=304"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/www.numerocivico.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/304\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":473,"href":"https:\/\/www.numerocivico.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/304\/revisions\/473"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.numerocivico.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/381"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.numerocivico.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=304"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}